de Alice Zeniter

Éditions Flammarion Août 2017

Alice Zeniter est née de père algérien et de mère française, à Clamart, en 1986, dans les Hauts de Seine, a grandi à Champfleur dans la Sarthe, jusqu'à ses 17 ans.
Elle a suivi une partie de son parcours scolaire à Alençon, dans l'Orne.
En 2006, elle est élève à l’École Normale Supérieure.
En 2013, elle est chargée d'enseignement à l'Université Sorbonne Nouvelle.
Elle enseigne également le français en Hongrie, où elle vit plusieurs années.
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Elle a publié à 16 ans son premier roman en 2003, « Deux moins un égal zéro » aux Éditions du Petit Véhicule.
Son second roman « Jusque dans nos bras », publié en 2010, chez Albin Michel, a été traduit en anglais.
Son dernier roman, publié en 2017, « L'Art de perdre », a reçu de nombreux prix littéraires, dont le prix Goncourt des lycéens.

Naïma est une jeune femme née de père algérien et de mère française.
Elle travaille dans une galerie d'art. C'est une trentenaire pleine d'allant et célibataire. Son patron décide un jour d'exposer dans sa galerie un artiste algérien dont il apprécie beaucoup l’œuvre. L'artiste ayant été obligé de quitter l'Algérie pour des raisons politiques, une partie de son œuvre est restée dans son pays.
Le patron de la galerie demande à Naïma de rencontrer dans un premier temps l'artiste en France (il habite en banlieue parisienne) pour voir son travail actuel, mais aussi pour lui demander des adresses des amis qu'il a laissé derrière lui, afin de pouvoir partir en Algérie à la recherche de ses réalisations peintes et dessinées alors. Le projet du galeriste est de les rassembler en vue d'une rétrospective de l'ensemble de son œuvre.

Pour Naïma, cela n'est pas simple d'accepter, car elle est petite fille de harki.
Le père de Naïma, Hamid, n'a pas voulu parler de l'histoire familiale, car lui même s'est heurté au silence de son père, Ali. De plus, il est tabou non seulement de parler de l'Algérie, mais encore plus d'y aller faire un voyage.
Pour savoir comment aborder le problème, Naïma essaie d'en savoir plus sur l'histoire bien compliquée de la guerre d'Algérie : le temps de la colonisation, la guerre d'indépendance, l'indépendance. Elle prospecte sur Internet, lit des livres, se noie dans toute l'histoire chaotique de la guerre et des suites douloureuses vécues par les harkis.
Peu à peu, elle remplit à sa façon les vides de son histoire familiale.
Du moulin à huile trouvé dans un torrent, à une petite fortune faîte par Ali et ses frères autour de la culture des oliviers, aux premières révoltes et soulèvements, face à la présence française, au départ précipité des français et d'une partie de ceux qui les ont soutenus, à l'arrivée en France des harkis mis dans des camps, puis utilisés pour des travaux en forêts puis en usines ….. Naïma fait revivre sa famille et nous les fait côtoyer.
Peu à peu elle s'imprègne et nous imprègne de ce passé familial, ainsi que, en parallèle, du passé de l'artiste sur lequel elle fait des recherches.

Alice Zeniter nous entraîne à sa suite dans un vrai tourbillon dans une Histoire de France proche, la colonisation et la décolonisation, avec tout ce que cela a eu comme répercussions, déchirures, hauts faits, coups bas, justice et injustice, dits et non dits, …. un passé qui ne sera jamais entièrement refermé, ayant marqué à jamais de nombreuses histoires familiales, transmises de façon plus ou moins conscientes de génération en génération, à l'image de la seconde guerre mondiale.

Ali, Hamid, Naïma, le grand-père, le père, la fille, à les avoir côtoyé le temps de la lecture du livre, ils me sont devenus si familiers, si humains, si attachants, que j'aurai aimé continuer à les suivre …..
Alice Zeniter a un vrai don de conteuse, elle nous tient sous sa coupe, nous envoûte.

C'est un réel beau livre (506 pages) dont elle nous fait cadeau.
J'ai envie de lui dire : Merci !
A quand le prochain livre …. ?